Le débat sur les pratiques de santé non conventionnelles (PSNC) occulte une réalité économique et scientifique majeure :
Légitimité de façade : La kinésithérapie bénéficie d'un remboursement intégral malgré un taux de pratiques validées par les preuves (EBP) estimé à moins de 20%.
Dépense publique : Le financement massif d'actes de kinésithérapie non prouvés représente un coût de centaines de millions d'euros pour l'Assurance Maladie.
Inefficience économique : L'ostéopathie, bien qu'efficace sur les troubles musculo-squelettiques (TMS) en cycles courts, est exclue du remboursement public, créant une injustice sociale et un gaspillage des fonds publics.
Conclusion : Pour garantir la pérennité de notre système de santé, le remboursement doit être indexé sur la preuve scientifique et non sur le seul statut professionnel.
L'émergence du terme "fakemed" soulève une question cruciale quant à la légitimité et à l'efficacité des pratiques de santé non conventionnelles ou dont les preuves scientifiques sont jugées insuffisantes. Appliquée aux professions de l'ostéopathie et de la kinésithérapie, cette définition invite à une analyse approfondie de leurs fondements théoriques, de leurs preuves d'efficacité et de la pertinence même de cette catégorisation. Si l'intention derrière le concept de "fakemed" est de protéger le public contre les pratiques trompeuses, son application à des professions de santé largement pratiquées comme l'ostéopathie et la kinésithérapie mérite un examen critique.
Pour évaluer si l'ostéopathie et la kinésithérapie peuvent être considérées comme des "Fake Med", il est essentiel de comprendre la définition de ce terme. Tel que popularisé par le collectif NoFakeMed, il désigne des médecines ou pratiques de santé non conventionnelles dont l'efficacité n'est pas prouvée scientifiquement et qui peuvent être considérées comme trompeuses ou fausses. Appliquée à l'ostéopathie, cette définition soulève des points de friction. Si certaines des bases théoriques de l'ostéopathie, notamment la notion de "lésion ostéopathique" et son impact systémique, manquent de validation scientifique robuste, il est indéniable que des études ont démontré une certaine efficacité de l'ostéopathie, bien que modeste, en particulier pour la prise en charge de certaines douleurs musculo-squelettiques, notamment le mal de dos. Le rapport de l'Inserm de 2012, bien que nuancé, reconnaissait une efficacité potentielle pour ces douleurs. Contrairement à la France, l'ostéopathie est une profession de santé réglementée au Royaume-Uni, avec des critères de formation stricts. En France, bien que la profession soit encadrée par la loi, elle n'a pas le statut de profession de santé réglementée au même titre que la kinésithérapie ou la médecine. Ceci contraste avec l'idée d'une pratique purement "fausse" ou non encadrée, mais souligne une différence de statut réglementaire entre les pays.
Concernant la kinésithérapie, l'application du terme "fakemed" est particulièrement délicate. Bien que la kinésithérapie soit une profession paramédicale dont de nombreuses techniques et indications sont couramment utilisées, il est estimé que seulement 10 à 20% de sa pratique repose sur des preuves scientifiques solides d'efficacité. La rééducation post-opératoire, la prise en charge de certaines affections respiratoires et neurologiques, ainsi que certaines interventions dans le domaine musculo-squelettique bénéficient d'un niveau de preuve significatif. Cependant, une part importante des actes de kinésithérapie est réalisée pour des indications où les preuves sont faibles, inexistantes ou contradictoires. Réduire l'ensemble de la profession à une "fakemed" serait néanmoins ignorer les domaines où son efficacité est établie et le rôle essentiel qu'elle joue dans le système de santé pour de nombreuses conditions spécifiques.
Dans le paysage médical français persiste aujourd'hui le traitement de faveur accordé à la kinésithérapie au détriment de l'ostéopathie. Alors que le terme « fakemed » (fausse médecine) est souvent brandi par les instances de santé pour discréditer les pratiques alternatives, une analyse rigoureuse des faits révèle un paradoxe financier et scientifique majeur. Comment une profession dont 80 % à 90 % des pratiques manquent de fondements scientifiques solides peut-elle continuer à peser si lourdement sur les finances publiques, tout en s'érigeant en juge de l'ostéopathie, laquelle ne coûte rien à la collectivité ?
Le statut de « profession paramédicale » de la kinésithérapie lui offre un bouclier institutionnel quasi impénétrable. Pourtant, derrière la vitrine des rééducations post-opératoires ou neurologiques — où son utilité est réelle — se cache une réalité plus sombre. Une part massive des actes remboursés par la Sécurité sociale concerne des pathologies musculo-squelettiques pour lesquelles l'efficacité de la kinésithérapie n'est pas mieux prouvée que celle de l'ostéopathie.
Le coût pour la société est colossal. Chaque année, des millions d'euros sont injectés dans des séances de "massage-kinésithérapie" ou des exercices dont l'apport thérapeutique spécifique est, au mieux, modeste. À l'inverse, l'ostéopathie, souvent critiquée pour son manque de preuves, est intégralement financée par les patients ou leurs mutuelles privées. La collectivité paie donc pour une discipline (la kiné) dont la rigueur scientifique est largement surestimée, tout en ignorant une alternative qui ne pèse pas sur le contribuable.
Il est ironique de voir la kinésithérapie institutionnelle attaquer l’ostéopathie sur le terrain de la science. Selon les estimations les plus sérieuses, une minorité des actes de kinésithérapie reposent sur des preuves scientifiques robustes. En clair, une immense majorité de la pratique kiné navigue dans les mêmes « zones grises » que l’ostéopathie.
Pourtant, c’est bien la kinésithérapie qui utilise l’argument du « fakemed » pour tenter de maintenir son monopole sur le soin manuel. Cette guerre de position n’est pas scientifique, elle est corporatiste. En se présentant comme la seule option « sérieuse » et remboursée, la kinésithérapie entretient une confusion préjudiciable : elle fait croire au patient — et à l'État — que le remboursement est un gage d'efficacité, alors qu'il n'est qu'un héritage historique.
Le maintien du remboursement systématique de la kinésithérapie pose une question d'équité. Pourquoi le contribuable doit-il financer des séries de dix ou vingt séances de kinésithérapie, parfois prescrites par habitude plus que par nécessité, alors que l'ostéopathie, qui règle souvent le même problème en deux ou trois consultations, reste à la charge du patient ?
Cette situation crée une distorsion de marché. Elle encourage une consommation de soins prolongée et coûteuse (la kiné) au détriment d'une approche souvent plus ponctuelle (l'ostéopathie). Si l'on appliquait les critères de la "médecine fondée sur les preuves" (EBM) avec la même sévérité aux deux professions, une grande partie du budget alloué à la kinésithérapie devrait être remise en question.
Il est temps de sortir du dogme : le remboursement ne doit plus être un droit acquis par le simple statut, mais un privilège mérité par la preuve. Critiquer l’ostéopathie tout en vivant des subsides de l’État pour des pratiques non prouvées est une posture intellectuellement malhonnête de la part de la kinésithérapie.
Pour protéger le système de santé et les finances publiques, deux options s'imposent : soit l'État exige de la kinésithérapie une transparence totale et un déremboursement des actes non prouvés, soit il reconnaît que l'ostéopathie offre un service similaire à moindre coût pour la société. Le contribuable n'a plus à payer pour une légitimité de façade.
Reférences: