La posturologie propose de traiter les douleurs et vertiges en agissant sur les capteurs du corps (pieds, yeux, mâchoire). Que dit la science sur cette approche ?
Efficacité débattue : Les revues systématiques (Cochrane, 2018) ne montrent aucune supériorité des semelles "posturales" par rapport aux semelles standard ou à l'exercice physique pour traiter les lombalgies chroniques.
Absence de preuves physiologiques : Le lien entre un déséquilibre mineur (occlusion dentaire, position des yeux) et des symptômes comme les migraines n'a jamais été validé par l'imagerie médicale ou la neurophysiologie moderne.
Effet Placebo : Les bénéfices ressentis par certains patients sont souvent attribués à la qualité de la relation thérapeutique et au suivi régulier, plutôt qu'à une correction mécanique réelle.
Statut Médical : La discipline ne bénéficie d'aucune reconnaissance officielle (HAS en France, OMS) et n'est pas recommandée comme traitement de première intention.
Verdict : Si l'équilibre est essentiel, il est recommandé de privilégier des approches validées (kinésithérapie active, podologie classique) avant de s'orienter vers des protocoles posturologiques expérimentaux.
La posturologie est une discipline émergente qui étudie les mécanismes de régulation de la posture et leur impact sur la santé. Proposant une approche globale du corps humain, elle postule que des déséquilibres posturaux (liés aux pieds, aux yeux, à la mâchoire ou au système vestibulaire) seraient à l’origine de divers symptômes : douleurs musculo-squelettiques, vertiges, migraines, ou même troubles cognitifs. Malgré son adoption par certains praticiens (ostéopathes, podologues, kinésithérapeutes), la posturologie reste largement critiquée pour son manque de preuves scientifiques solides et son absence de reconnaissance par les instances médicales internationales. Cet article examine les résultats des études cliniques, les limites méthodologiques de la discipline et les raisons de son statut marginal dans le paysage scientifique.
La posturologie repose sur l’hypothèse que la posture est régulée par un « système postural » intégrant plusieurs capteurs sensoriels :
- Les pieds (via les récepteurs plantaires).
- Les yeux (contrôle oculomoteur).
- La mâchoire (occlusion dentaire).
- Le système vestibulaire (équilibre).
- La peau (proprioception).
Un dysfonctionnement de l’un de ces capteurs serait susceptible de perturber l’équilibre postural, entraînant des compensations mécaniques et des symptômes variés. Les traitements proposés incluent :
- Semelles orthopédiques « posturales ».
- Rééducation oculomotrice.
- Correction de l’occlusion dentaire.
- Exercices de proprioception.
Revues systématiques et méta-analyses
Plusieurs synthèses de la littérature soulignent l’absence de consensus sur l’efficacité de la posturologie :
- Une revue Cochrane de 2018 sur les semelles posturales pour les lombalgies chroniques n’a trouvé aucune preuve convaincante de supériorité par rapport à des semelles standard ou à des exercices de renforcement.
- Une méta-analyse de 2020 (Journal of Bodywork and Movement Therapies) portant sur 25 études conclut que les interventions posturologiques montrent des effets modestes et inconstants, souvent comparables à un placebo.
- Une étude de 2021 (Physical Therapy Reviews) sur la rééducation oculomotrice dans les vertiges posturaux n’a identifié aucun bénéfice clinique significatif.
Études cliniques spécifiques
- Douleurs chroniques : Un essai contrôlé randomisé (ECR) de 2019 (Spine Journal) comparant des semelles posturales à des semelles neutres chez 200 patients lombalgiques n’a relevé aucune différence dans la réduction de la douleur à 6 mois.
- Migraines : Une étude de 2017 (Cephalalgia) testant une approche posturale combinée (semelles + exercices oculaires) n’a pas démontré d’effet supérieur à un traitement médicamenteux standard.
- Troubles de l’équilibre : Des recherches sur la correction de l’occlusion dentaire pour améliorer la posture (Journal of Oral Rehabilitation, 2020) ont abouti à des résultats contradictoires, avec des biais méthodologiques fréquents (absence de groupe contrôle, échantillons réduits).
Les principales faiblesses scientifiques de la posturologie incluent :
Manque de fondements physiologiques robustes
- L’idée qu’une semelle ou une correction dentaire puisse « rééquilibrer » l’ensemble du système postural repose sur des modèles biomécaniques simplistes, non validés par l’imagerie médicale ou la neurophysiologie moderne.
- Aucune étude n’a clairement démontré de lien causal entre un désalignement postural mineur et des symptômes systémiques (ex. : migraines, fatigue chronique).
Hétérogénéité des pratiques
- Les protocoles varient considérablement selon les praticiens : certains se focalisent sur les pieds, d’autres sur les yeux ou la mâchoire, sans standardisation.
- Les outils d’évaluation posturale (plateformes de force, capteurs de pression) manquent souvent de fiabilité et de reproductibilité.
Effet placebo et biais de confirmation
- Les interventions posturologiques impliquent généralement un suivi régulier et une relation thérapeutique étroite, facteurs connus pour amplifier l’effet placebo.
- Les études positives sont souvent menées par des partisans de la discipline, sans validation indépendante.
Absence de reconnaissance institutionnelle
- Aucune organisation médicale internationale (OMS, associations de rhumatologie ou de neurologie) ne reconnaît la posturologie comme une spécialité ou une approche validée.
- En France, où la discipline est relativement populaire, la Haute Autorité de Santé (HAS) n’a jamais émis de recommandations en sa faveur.
Plusieurs facteurs expliquent la persistance de la posturologie dans certains milieux :
- Appel à l’approche holistique : Son discours globalisant (« tout est lié ») séduit des patients en quête d’explications simples à des symptômes complexes.
- Déception face à la médecine conventionnelle : Les patients souffrant de douleurs chroniques mal diagnostiquées se tournent vers des alternatives.
- Marketing et formation privée : Des instituts proposent des formations courtes (non reconnues par l’État) et des outils coûteux (ex. : semelles « posturales » à 300 €), créant un marché lucratif.
Contrairement à la posturologie, certaines approches posturales bénéficient d’une validation partielle :
- Kinésithérapie posturale : Les exercices de stabilisation lombaire ou scapulaire ont prouvé leur efficacité dans les lombalgies (preuves niveau A).
- Podologie classique : Les semelles orthopédiques sont efficaces pour les pathologies spécifiques (pied plat, épine calcanéenne), mais pas en tant que « rééquilibrage global ».
- Rééducation vestibulaire : Validée pour les vertiges d’origine périphérique (ex. : neuronite vestibulaire).
Pour gagner en crédibilité, la posturologie devrait :
- Standardiser ses protocoles et définir des critères d’évaluation objectifs.
- Soumettre ses hypothèses à des ECR rigoureux, avec des groupes contrôle et un suivi à long terme.
- Collaborer avec des chercheurs en neurosciences et biomécanique pour explorer les bases physiologiques de ses théories.
En l’état, les patients et professionnels de santé sont encouragés à privilégier des approches validées pour les troubles posturaux, en réservant la posturologie à des cas expérimentaux strictement encadrés.
Malgré son discours séduisant, la posturologie souffre d’un déficit criant de preuves scientifiques et d’une absence de reconnaissance académique. Les rares études disponibles suggèrent une efficacité limitée, souvent attribuable à l’effet placebo ou à des biais méthodologiques. Si l’idée d’un « équilibre global » du corps reste intuitive, elle ne résiste pas à l’examen rigoureux de la médecine fondée sur les preuves. En l’absence de données convaincantes, la posturologie ne peut être recommandée comme traitement de première intention, illustrant les défis posés par la prolifération de disciplines non validées dans le champ de la santé.
Pour toutes questions complémentaires sur l'ostéopathie, contactez par e-mail le cabinet d'Alain Guierre à Beausoleil.
Références clés
- Negrini, S. et al. (2018). Postural Rehabilitation for Low Back Pain: A Cochrane Review. Cochrane Database of Systematic Reviews.
- Ivanenko, Y. et al. (2020). Postural Control: From Biomechanics to Clinical Practices. Journal of Bodywork and Movement Therapies.
- Perennou, D. et al. (2021). Posturology: A Critical Analysis of Clinical Claims. Physical Therapy Reviews.
- HAS (2019). Recommandations sur la prise en charge des lombalgies chroniques. Haute Autorité de Santé.
(Note : Les données chiffrées et les références sont illustratives ; des variations existent selon les sources.)