L'ostéopathie pour nourrissons repose sur des allégations non validées par la recherche. Aucune étude rigoureuse ne prouve son utilité dans le traitement des coliques, reflux ou torticolis congénitaux. Une méta-analyse du Journal of Clinical Medicine (2023) souligne que les résultats positifs rapportés sont souvent attribuables à l'évolution naturelle des symptômes ou à un effet placebo. Par exemple, les coliques, fréquentes chez les nouveau-nés, disparaissent spontanément vers 4 mois, sans intervention spécifique.
Les autorités sanitaires, comme la Haute Autorité de Santé (HAS), affirment que les données scientifiques ne justifient pas son utilisation, notamment pour les plagiocéphalies ou les troubles du sommeil. L'Académie de médecine française qualifie même les techniques crâniennes et viscérales de « sans fondement scientifique avéré ».
Contrairement aux recommandations de certains ostéopathes, les nouveau-nés en bonne santé ne nécessitent aucun traitement ostéopathique après la naissance ni suivi ostéopathique systématique.
Les bases théoriques de l'ostéopathie pédiatrique moderne doivent beaucoup aux travaux non validés de Viola Fryman (1921-2016), ostéopathe américaine ayant popularisé en France le concept de « blocages crâniens » chez le nourrisson. Ses affirmations selon lesquelles 90% des nouveau-nés nécessiteraient des manipulations ostéopathiques n'ont jamais été étayées par des preuves scientifiques.
Ses théories, toujours enseignées dans certaines écoles d'ostéopathie, reposent sur des postulats anatomiques erronés :
La prétendue mobilité des os crâniens chez le nourrisson n'est pas confirmée par l'imagerie médicale moderne
Le concept de « restriction de mobilité » reste purement subjectif
Ses protocoles de traitement n'ont jamais fait l'objet d'études rigoureuses en double aveugle
Le recours à l'ostéopathie peut retarder des diagnostics médicaux essentiels. La condamnation pour incompétence et mise en danger d'autrui de l'ostéopathe Viola Fryman en est un exemple concret . Bien que les complications graves soient rares, les manipulations inutiles présentent des risques. Les nourrissons en bonne santé s'adaptent naturellement après la naissance sans intervention ostéopathique.
L'ostéopathie pédiatrique s'appuie souvent sur des diagnostics fantaisistes, comme le « syndrome de Kiss », présenté comme un blocage cervical responsable de pleurs ou de régurgitations. Ce syndrome, inventé dans les années 1990 par un chirurgien allemand, n'a aucune reconnaissance médicale. Les symptômes attribués à ce « syndrome » (coliques, difficultés à téter) sont en réalité banals et transitoires chez les nourrissons.
Cette pratique s'inscrit dans une tradition holistique pseudoscientifique, invoquant des concepts comme « l'autoguérison » ou « l'unité corps-esprit », rejetés par la neurophysiologie moderne. La mobilité des os crâniens, clé de voûte de l'ostéopathie crânienne, est contredite par les examens d'imagerie montrant une soudure progressive des sutures.
Les maternités et réseaux sociaux deviennent des relais promotionnels pour des praticiens peu scrupuleux. Des vidéos d'ostéopathes manipulant des nourrissons génèrent des millions de vues en promettant des solutions miracles. Ces démarches commerciales ciblent des parents désemparés, souvent privés d'un accompagnement médical adapté en raison des déserts médicaux.
Les coûts élevés des séances contrastent avec l'absence de remboursement par l'Assurance maladie, creusant les inégalités d'accès aux soins.
Face à ces dérives, l'Académie de médecine et la Société française de pédiatrie appellent à :
Interdire la promotion de l'ostéopathie dans les maternités
Renforcer la formation des professionnels de périnatalité pour mieux répondre aux inquiétudes des parents
Privilégier les approches validées, comme la kinésithérapie pour les torticolis ou les conseils pédiatriques pour les troubles fonctionnels
L'ostéopathie pédiatrique incarne un paradoxe : malgré son absence de validation scientifique et ses racines pseudoscientifiques (comme les théories de Viola Fryman), elle séduit par des promesses rassurantes. Pourtant, son utilisation systématique chez les nourrissons sains relève davantage d'un phénomène socioculturel que médical. Les risques, bien que minoritaires, et les coûts induits justifient une application stricte du principe de précaution. La priorité devrait être donnée à l'éducation des parents et à un accès élargi à des professionnels de santé formés, plutôt qu'à des pratiques alternatives non régulées.
Pour toutes questions complémentaires sur l'ostéopathie, contactez par e-mail le cabinet d'Alain Guierre à Beausoleil.
Références clés :
HAS (2020) sur les plagiocéphalies
Rapport Igas (2019) sur les risques ostéopathiques
Étude du JAMA Internal Medicine (2021) comparant l'ostéopathie à un placebo
Journal of Osteopathic Medicine (2022) sur l'héritage de Viola Fryman